L'Histoire pré-incaïque du Pérou

 

L'histoire du Pérou précolombien se compose de 5 périodes distinctes :

 

Horizon

ancien

Intermédiaire ancien

Horizon

moyen

Intermédiaire récent

Horizon

récent

-900 à -200 -200 à 650 650 à 1000 1000 à 1463 1463 à 1532

Civilisation

Chavin de Huantar

Civilisations Mochica & Nazca

Civilisations Tiahuanaco

& Huari

Civilisation

Chimu

Apogée de l'Empire Inca

 

L'Intermédiaire ancien

Si l'horizon ancien a constitué une période d'homogénéisation culturelle, la période qui lui succède, l'intermédiaire ancien, est une période de morcellement.  A partir de 200 av. JC, on assiste au développement de nombreuses cultures régionales, des principautés liées entre elles d'une part grâce à leurs activités commerciales, d'autre part grâce à l'héritage culturel Chavin. L'architecture déclina dans ces principautés, notamment en ce qui concerne les vestiges funéraires. Les principales cultures sont les cultures Mochica, Paracas et Nazca, ainsi qu'une multitude de cultures locales de moindre envergure.

  • La culture Mochica

Née au premier siècle de notre ère, cette culture tient son nom de la vallée où elle s'est établie. La diversité et la richesse des céramiques, les vestiges considérables d'architecture monumentale et les tombes tapissées de fresques laissent à penser que les Mochicas ont eu une réelle suprématie culturelle sur leur zone d'influence. La médecine était également très avancée dans cette culture, comme en attestent les pratiques de la circoncision, de la trépanation, de la chirurgie et de la guérison chamanique. Certains éléments tendent à prouver que l'économie Mochica était basée sur la mer et l'agriculture (emploi de techniques de drainage et d'irrigation dont certains aqueducs de près de 80 kilomètres, recours au guano comme engrais), tandis que l'organisation était très hiérarchisée, appuyée par un réseau de routes et l'emploi de messagers. A sa tête, une caste privilégiée de rois-guerriers, lesquels disposaient peut-être de pouvoirs religieux. Cette société est connue grâce aux nombreux vestiges qu'elle nous a laissé.

Les vestiges funéraires Mochicas sont d'une richesse inouïe : l'exemple le plus célèbre est celui de la tombe du "Seigneur de Sipan", le défunt ayant été couvert de bijoux, accompagné de dépouilles d'esclaves et de concubines, mais aussi de chiens et de lamas sacrifiés. L'objectif de ces rituels était d'assister le défunt dans son voyage vers l'au delà.

Les vestiges architecturaux sont nombreux mais trois sites retiennent l'attention. Sur le site de Moche, la Huaca del Sol est la plus grande pyramide en adobe d'Amérique du sud (3100 m², 48 m de haut) ; elle s'organise en plusieurs plate-formes superposées. Le site de Huaca de la Luna, au pied de la colline de Cerro Blanco, est remarquable pour son temple de Panamarca, dont les murs sont tapissés de fresques polychromes. Il semblerait que le sommet de ces pyramides fut le théâtre de sacrifices de prisonniers. Enfin, le temple de Brujillo (au nord de Trujillo) est une pyramide en adobe de 30 mètres de haut, ornée de bas-reliefs polychromes aux thèmes iconographiques intéressants.

Les vestiges céramiques mochicas, par leur iconographie, constituent un véritable dictionnaire illustré. Les objets, tous retrouvés dans un contexte funéraire ou cultuel, permettent d'explorer deux aspects : certains vases à anse-étrier, travaillés en ronde-bosse, figurent des animaux ou des divinités, tandis que les vases peints représentent des scènes (chasse, batailles, rites... voire scènes sexuelles). On note la présence récurrente d'Ai Aepec (ou Aia Paec), le démon aux crocs félins, héritage du Dieu Jaguar des Chavin.

On note enfin chez les Mochicas une grande maîtrise de l'orfèvrerie. L'empire Inca fera d'ailleurs appel aux orfèvres Mochicas pour réaliser les œuvres d'art en or que les espagnols ont dérobé lors de la conquête. Cette société Mochica, complexe, où les chefs recevaient les tributs en nature, a amorcé un inexorable déclin en 600, pour des raisons une fois de plus inconnues.

  • La culture Paracas

Cette culture est le premier exemple de société complexe sur la côte méridionale (600 av. JC à 100 ap. JC). Lors de fouilles à Cerro Colorado, dans la péninsule de Paracas, l'archéologue Julio Tello a mis à jour deux vastes nécropoles. La première nécropole est "Paracas cavernas" : datées de 600 av. JC, les tombes hypogées étaient parfois des fosses communes contenant jusque 40 personnes. Les classes sociales faisaient varier la richesse des sépultures (beaux tissus, bijoux en or, céramiques de filiation Chavin). La seconde nécropole, nommée "Paracas Necropolis", est plus récente. Les sépultures sont des salles souterraines entourées de murs en maçonnerie. Elles contenaient les corps momifiés (fardos) en position fœtale, enveloppés dans de longs tissus, mais aussi de nombreuses offrandes (étoffes, poteries).

  • La culture Nazca

La culture Nazca (100 à 700) s'inscrit dans la continuité de la culture Paracas : même situation géographique, mêmes cultes, pas de réelle fracture temporelle. La société Nazca a été une des plus accomplies de cette période intermédiaire. En témoigne par exemple la splendeur de l'artisanat : l'excellence des tissages d'influence Paracas, l'innovation dans la céramique (pigments appliqués avant la cuisson) qui l'a rendue plus colorée.

La capitale des Nazcas était le centre cérémoniel de Cahuachi, sur lequel régnait une puissante oligarchie théocratique. En ce qui concerne le culte, les influences sont nombreuses : les monstres hybrides (baleine tueuse), les êtres mythiques anthropomorphes (traits chavinoïdes) et les têtes-trophées (pratique obsessionnelle de la décapitation). La société Nazca basait son économie sur la pêche et l'agriculture, performance remarquable compte tenu du caractère désertique de la zone, mais rendue possible grâce au système d'irrigation (encore en activité aujourd'hui) qui fertilisa toute la région.

Le plus grand mystère du Pérou reste l'œuvre de cette civilisation : les géoglyphes de la pampa d'Ingenio -ou lignes de Nazca-, immenses dessins creusés dans le sol et visibles uniquement du ciel, ont gardé toute leur magie. Vous trouverez des images de ces fameuses lignes (singe, condor, cosmonaute) dans les photos du site.

  • La culture Vicus

Cette culture est connue pour son mobilier funéraire très riche, les tombes, profondes de plus de 14 mètres, contenaient de nombreux objets en métal et en céramique. Les objets métalliques étaient constitués de bronze, de cuivre, et surtout de tumbaga (alliage cuivre et or). A noter que la métallurgie est une tradition artisanale représentative de la côte septentrionale (les Incas recourront ben plus tard aux orfèvres Chimu), les cultures du sud étant plus enclin à fabriquer de riches tissus. Les poteries étaient de deux types : celles de type grossier originaires d'Équateur, et celles richement décorées d'origine locale.

  • La culture Gallinazo et Salinar

Cette culture a élu domicile au centre de Cerro Arena, constitué de vastes structures résidentielles et totalement dépourvu d'édifices religieux. La production artistique de cette culture est d'origine équatorienne et est composée de céramiques. Les vases, destinés exclusivement aux rites funéraires, étaient de deux styles : Gallinazo-Viru (vases ornées de décors incisés) ou Salinar (vases avec ronde-bosse, d'influence cuspinique).

  • Les cultures locales (Lima, Cajamarca, Recuay, Pucara)

Plus modeste que la culture Mochica, la culture de Lima tient son nom de la capitale actuelle du Pérou, qui a été fondée au cœur de sa zone d'influence. Cette société hétérogène regroupant plusieurs courants artistiques avait pour centre Maranga, lieu situé dans la vallée du Rimac et qui concentrait le pouvoir politico-religieux. Les céramiques, souvent en forme de vases à deux goulots reliés par une anse en pont traduisent une influence Mochica.

On sait assez peu de choses sur la culture de Cajamarca, ville de capture d'Atahuallpa des siècles plus tard, tout juste a-t-on retrouvé des céramiques très intéressantes. Celles-ci sont en kaolin blanc, ornées de fins décors géométriques et zoomorphes. Les vases tripodes, uniques en leur genre, sont d'origine étrangère et traduisent un apport ethnique et culturel équatorien.

La culture de Recuay est de celles qui a bénéficié le plus de l'héritage des Chavin, toutefois pas au niveau de la sculpture. Les statues sont en fait de gros blocs à peine dégrossis et le manque de maîtrise est évident. Là encore, aucun centre cérémoniel n'a été mis au jour mais de nombreuses céramiques ont été découvertes. Celles-ci sont en kaolin blanc, décorées en positif et en négatif, et représentent les animaux vénérés : le félin, le serpent et le condor.

Enfin, la culture de Pucara, située au nord du lac Titicaca, à 3500 m d'altitude, a étendu son rayonnement de la région de Cuzco au sud de la bolivie. Le splendide complexe de Pucara se composait de pyramides tronquées, de murs d'enceinte, de tumulus funéraires et de temples souterrains. L'orientation des pyramides vers l'est et le lever du soleil montre un goût prononcé pour l'astronomie. Même si le message iconographique reste un mystère, les statues sont rattachées au culte des têtes-trophées et au rite répandu de la décapitation.

  • La culture Tiahuanaco

L'avènement de cette culture fait suite au déclin des Pucara. L'héritage est de deux natures : la culture matérielle vient des Pucara, la monumentalité et l'iconographie vient des Chavin. Par exemple, la divinité aux sceptres présente sur la porte du soleil du kalasaya est identique à la stèle de Raimondi de Chavin. Le site de Tiahuanaco était à la fois un observatoire astronomique et un centre cérémoniel somptueux, qui aurait pu remplacer Chavin dans son importance et sa splendeur. Cette culture connaîtra son apogée pendant l'horizon moyen, nous y reviendrons donc dans la section suivante.